Résidence de création artistique à l’école.

Résidence de création artistique à l’école.

Fin mai 2018, le temps d’une semaine, 127 élèves (du cp en cm2) se sont retrouvés acteurs d’une grande création artistique pluridisciplinaire au cœur de leur école. Au programme des arts aussi variés qu’inspirants portés par des artistes – ou animateurs –  professionnels, tous autant passionnés que chevronnés. Le résultat de cette semaine entièrement dédié à la pratique artistique a été présenté au Florida (salle musiques actuelles à Agen) devant 300 personnes.
Mobiliser plus d’une centaine d’enfants, leur famille, huit instituteurs/trices , auxiliaires de vie scolaire, huit intervenants et artistes ainsi que l’équipe d’une salle de concert ne se fait pas en un doux claquement de doigts. Cette idée un peu folle est venue progressivement, entre directeurs d’abord, en réponse à certaines envies et problématiques d’un territoire de caractère, puis grâce à des opportunités, un montage financier et une volonté de fer de chacun des parties prenantes. Treize mois se sont écoulés entre les premiers rendez-vous « officiels » et le résultat final. Il a fallu constituer une équipe artistique solide, fraiche, jeune, mais expérimentée avec qui nous partagions une petite histoire, une confiance et une envie. J’ai travaillé sur ce projet à différents niveaux, de très près ou de plus loin.  Je ne m’étalerais pas sur les aspects organisationnels de cette grande histoire, des quelques rebondissements qui auront pimenté le tout.

couloir

Laissez-moi vous présenter l’équipe artistique :

Vincent (« Iamstramgram ») : l’auteur-compositeur chargé de faire composer et chanter une classe entière. Un musicien doué, impliqué et consciencieux avec qui j’aurais partagé mes plus belles blagues.
Bastien & Marc-Anthony (« Cie Bricabrac ») : une compagnie de théâtre qui propose aux enfants la construction d’une marionnette géante ainsi que la mise en scène du spectacle. Ce sont des personnes que je connais depuis fort longtemps… et j’ai été très heureux de les voir évoluer dans un univers qui leur est un peu étranger. Leur implication et réflexion ont été très enrichissantes pour tous.
Benoit (Tioneb) : un grand beatboxer qui cumule des millions de vues sur Youtube. Un orfèvre du son, le roi de la précision. Une chance que de le côtoyer.
Nicolas (« Streetarterie ») : graphiste, dessinateur, photographe… Un artiste entier cumulant les casquettes aux propositions ambitieuses et généreuses.
Pierre-Mary (« Studio 5 » du Florida) : animateur multimédia, roi de la bidouille et de la vidéo. Mon collègue de travail au quotidien avec qui j’ai fait équipe pour une création sonore et visuelle originale.
– Pierre-Mickaël : danseur, chorégraphe. Un artiste qui travaille depuis un an avec une classe. Il a souhaité faire part bénévolement à l’aventure afin d’assurer le suivi du travail de l’institutrice et des élèves.
… et moi !

J’ai donc été pendant cinq jours intervenant musical auprès de 11 enfants de 6 à 8 ans, aux histoires particulières puisque certains d’entre eux intègrent une CLIS. Une classe quelque peu différente des autres dans le sens où elle doit permettre une scolarité aux enfants qui ne peuvent pas suivre une scolarisation dans une section dite ordinaire. Je leur ai proposé une découverte et une initiation aux musiques électroniques et à la musique par le biais… d’objets aussi cheap que low-tech. Trois jours dans leur école, deux jours dans un studio du Florida (Agen). Un mini-ventilateur, une boite à sons, des bouchons de bouteilles, fourchettes, une pompe à vélo, du papier, des bidules en plastique etc. Avec cet attirail bigarré, j’ai posé indirectement aux enfants différentes questions : entendons-nous vraiment les objets qui nous entourent ? De quelles natures sont-ils ? Ils les ont manipulés librement puis ont expérimenté des choses. On entrechoque des bibelots, on souffle dedans, on appuie dessus…longtemps, rapidement… on les cogne fort, doucement. Alors on se rend compte que ces objets parlent et ont des choses à nous dire. Nous avons parlé d’organisation de ces sons. Nous les avons enregistrés, joués en boucle ; une mille-feuille sonore où chaque couche de son donnait un sens à l’ensemble. Il a fallu tâtonner, chercher ensemble pour mieux structurer le jeu musical. En plus de nous amuser avec le son et de créer une « pièce musicale », nous découvrions le principe du « Live Looping ». Tous ces évènements sonores, nous les avons sciemment ou inconsciemment organisés d’une certaine manière… nous faisions de la musique !

J’aurais pu m’arrêter là, mais je devais aux enfants un résultat un peu plus « spectaculaire » pour faire honneur à leur implication et surtout faire écho à leurs goûts musicaux. Le hip hop, celui des années 2010, les chansons électroniques, les sonorités synthétiques. J’ai alors composé une base, j’ai configuré quelques machines et je leur ai laissé le soin d’improviser un certain nombre de mélodies, fragments rythmiques avec des cadres (gammes, grille rythmique etc.). Certains accidents sonores ont été extrêmement joyeux pour moi et ont permis l’émergence d’étranges textures synthétiques et des sonorités finalement assez actuelles. Puis il nous a fallu jongler avec deux contraintes :
– La première a résidé dans le fait que ces créations musicales devaient être le support d’un mapping vidéo réalisé par le groupe de Pierre-Mary.
– La deuxième étant de pouvoir faire jouer simultanément 11 enfants un morceau de musique électronique très « produit », sur scène en prenant en compte différents paramètres (l’espace, la stabilité informatique, un plan de secours en cas de bug’ des machines, la vidéo etc.).

Je leur ai donc balisé des terrains de jeu propices à la création, à l’échange, au débat…ce qui a généré beaucoup de matières sonores. J’ai ensuite organisé ces sons à la fin de chaque journée, à la façon d’une construction lego pour obtenir à l’issue du dernier jour la composition finale. Simultanément, j’ai attribué à chaque enfant un rôle bien précis : déclencher des séquences préenregistrées, expérimenter le live looping, interpréter des solos, improviser puis un enfant en charge guider tout ce petit monde, à la manière d’un chef d’orchestre. Malgré une frayeur technique à dix minutes du début du spectacle, tout s’est extrêmement bien passé… et je pense que les enfants ont pris beaucoup de plaisir tout au long de la semaine et durant le spectacle. Du bonheur !

Cette performance est venue s’insérer dans une trame générale que voilà :
Des villageois ont peur des uns et des autres, des voisins qui ne s’aiment pas vraiment…ce n’est pas loin d’être la guerre !  Un beau jour, ou plutôt une nuit, un MONSTRE apparait. Mais quand de chance il est en kit. Il va falloir finir de le « construire », afin de lui rendre la parole, le mouvement, la vue, la vie. Alors que beaucoup pensait qu’il était une arme de destruction massive, ce monstre géant n’était en réalité qu’un immense prétexte pour créer de la rencontre, du lien entre tous. (Cette histoire aura donc permis à tous les villageois de se rencontrer et de s’aider pour terminer ce drôle d’assemblage).

(photos : plon)

Un extrait vidéo (qualité amoindrie pour des questions de droit à l’image) :

 

La presse en parle :
https://www.sudouest.fr/2018/05/28/agen-les-eleves-de-l-ecole-elisee-reclus-en-pleine-creation-depuis-ce-lundi-5094158-3603.php
https://www.petitbleu.fr/article/2018/06/07/89319-127-eleves-ecole-elisee-reclus-spectacle-florida.html

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